Le Bouddha de Bayon, embarquement porte Sud

J’ai déjà fait quelques aquarelles de ce Bouddha, mais j’y reviens souvent avec plaisir. La forme en perpétuelle évolution et la pierre pigmentée de couleurs minérales et végétales ouvre la porte Sud à tous les mystères.

Ce Bouddha est une star, il a tourné dans de nombreux films, dont l’un qui m’est resté, si c’est bien lui. Dans PLATOON, d’Oliver Stone. Pendant la guerre du Viêt Nam… Il fait encore nuit, un gros gecko gris pommelé de tâches oranges se déplace lentement sur la gigantesque joue du Bouddha, il s’arrête et lâche son cri puissant… en bas, dans les herbes humides, un GI sort la tête de son poncho plastifié. Réveillé en sursaut il chasse les fourmis qui courent sur son visage. L’aube lourde d’humidité se lève sur coin paumé de la frontière cambodgienne où les américains ont tendu une embuscade au milieu de la jungle. Tout le monde dort sauf le nouveau… et nous voyons par les yeux du bleu-bite se dessiner, lentement, dans les brumes de l’aube la silhouette d’un VC cramponné à sa kalache. Par delà ce cauchemar magnifiquement tourné et cette dramaturgie, quel grand passeur !

Étrange et fantastique Bouddha d’Angkor. Photographié sous tous les angles. Dans cette nature stupéfiante, qui ne lâche jamais ce bras de fer avec l’architecture… mais gourmande, elle dorlote la pierre avec ses lichens, ses orchidées et ses racines, ses torsions qui brouillent horizontalité et verticalité. Séduction continue et suave, arrosée de pluies aux couleurs d’aquarium et de boue rouge aux couleurs de sang.

François Vitalis