N8 – Episode 6

illustration - Oghia

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Les stylistes du crimeEp6 - couverture

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Pas très loin, dans un loft aménagé du 12ème arrondissement, le Dr D. tenait une réunion qui n’avait plus rien de scientifique. Les traces de peinture laissaient penser qu’ils se trouvaient dans un ancien atelier. Le mobilier de bric et de broc accentuait ce côté bohème. La fumée épaisse des cigarettes avait envahi la grande pièce en forme de couloir. Attablés en face du docteur, une vingtaine d’hommes entre trente et quarante ans, d’allure sportive, le cheveu court et la chaussure tenant bien la cheville écoutait un petit discours buvant des alcools disposés çà et là. Il régnait une ambiance curieuse due peut-être à ce paradoxe entre cette salle étonnamment silencieuse et ce public dont on sentait très bien que l’écoute n’était pas la qualité première. Lire la suite

N8 – Episode 5

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QUI VEUT LA PEAU DE SANDOR WALALA ?

Episode 5 couverture

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Tiré de SAMDIMANCHE. Avril 2002.

LA MORT D’EDWIGE. ÉLECTIONS PRÉSIDENTIELLES : 82,7 % D’ABSTENTIONS. Le nom du Président de la République n’intéressant plus que 17,3 % des Français, nous ne nous appesantirons pas. Le grenouillage électoral fut à la hauteur du scrutin. Certains diront que la gauche avait été élue avec les voix d’extrême droite, mais vu que la gauche classique avait viré à droite, la question était, où la gauche pouvait-elle bien se cacher ?

La mort d’Edwige reste l’événement fort de cette journée d’élection présidentielle. C’est ce nom qu’ont retenu les Français et qui est aujourd’hui sur toutes les lèvres. C’est elle qui a été élue par abstention et déjà la Chambre des Députés à peine formée demande à la plus grande majorité une journée de deuil national pour la petite Edwige.

Rappelons les faits: Le lundi matin à 8h43, Edwige âgée de trois ans meurt de déshydratation pendant son transfert à l’hôpital. C’est à 7h03, soit plus d’une heure avant que la gardienne de l’école maternelle de l’impasse Romain Goupille ait une intuition. Elle sent que quelque chose de louche se passe dans une salle de classe. Quelqu’un est resté… peut-être la lumière, puis un bruit, lui font monter précipitamment les marches. Elle ouvre la porte à l’aide de son passe. Et là, elle découvre, allongée par terre, la petite Edwige. Elle ne bouge plus, la respiration est faible. La gardienne garde espoir, elle descend à la loge et appelle la Police qui appelle à leur tour le SAMU. Les fonctionnaires et autres établissements publics profondément démotivés après le scrutin répondaient pour la plupart absents. Il faudra presque deux heures pour transporter Edwige à l’hôpital de l’Hôtel Dieu qui arrivera morte.

L’enquête en cours n’a pas encore expliqué comment l’institutrice a pu oublier une enfant. Comment les parents de cette enfant ne l’ont pas réclamée et comment les femmes de service censées nettoyer les locaux n’ont pas découvert la petite fille. La gardienne est partie le vendredi soir, voter en Seine et Marne. Son mari assure la permanence de la garde, mal entendant, il a l’habitude de laisser la télévision allumée, le volume à fond. Sinistre ironie du sort, rappelons qu’il y a quelques vingtaines d’années, les électeurs étant plus nombreux, les écoles accueillaient les urnes, et qu’ainsi le martyr de la petite Edwige aurait peut-être été évité.

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